Mohamed Aouragh

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À quoi bon des poètes ?

7 Novembre 2017, Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Poésie
Être poète, ce n’est pas avoir une sensibilité exacerbée et une émotivité éperdue, et pouvoir discerner les couleurs des voyelles ; ce n’est pas non plus posséder une imagination créative capable d’inventer des pays où tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté, ou pouvant évoquer un prince d’Aquitaine à la tour abolie, ou décrivant les nuages qui couraient sur la lune enflammée comme sur l’incendie l’on voit fuir la fumée ; ce n’est pas davantage jouer avec des mots, des termes, avec des antonymes et des synonymes, avec des verbes et des adverbes, avec des noms et des pronoms, avec des vocables, pour élaborer des antithèses et des catachrèses, des anaphores et des métaphores, des allitérations, des assonances, des allégories et des prosopopées, et peut-être des aphorismes et des apophtegmes. Être poète, ce n’est pas écrire le mot « liberté » sur des cahiers d’écolier, sur un pupitre ou sur des arbres.
La Poésie est une recherche, une enquête, une quête, une inquisition, un questionnement de l’Être, une observation du Monde, une interrogation du Réel, un dévoilement de ce qui peut affecter la condition des hommes, leur apporter bonheur ou malheur. La Poésie, c’est le sens même de la Vie, c’est la signification profonde de l’Existence, c’est la recherche espérante de la Beauté, qui n’est pas autre chose que la splendeur de la Vérité.
Il y a deux siècles, Hölderlin demandait und wozu Dichter in dürftiger Zeit : « et à quoi bon des poètes en ce temps de détresse » ? La question se pose encore aujourd’hui, en ce temps de fanatisme, de bêtise abjecte, de terrorisme et de censure, d’ouragans meurtriers, d’incendies dévastateurs, d’inondations, de pensées débiles, de multiplication insensée des hommes, et de maladies torturantes.
Le poète doit continuer, en langue allemande ou en langue française, en chinois, en lingala, en wolof, en danois, en italien, en japonais, à écrire sur des cahiers d’écolier et sur des arbres, à tresser des guirlandes scintillantes et glorieuses de merveilles épanouies, exaltantes et enchanteresses, de consolations mystérieuses et de cruelles désillusions.